Posture
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35 min#conflit#juridique#client#n-plus-1

Conflits et négociation

Tenir une position sans casser la relation, et sortir d'un conflit sans trancher à la place des gens.

Pourquoi c'est difficile

Face à un conflit, le manager débutant a le choix entre deux réflexes, également mauvais : fuir, en espérant que ça se tasse tout seul, ou trancher à la place des gens pour que ça s'arrête vite. Le premier laisse le désaccord s'installer, se nourrir de non-dits, jusqu'à contaminer toute l'équipe. Le second soulage la tension du moment en fabriquant un vainqueur et un vaincu — et le vaincu attend sa revanche. Aucun des deux ne restaure ce qui compte vraiment : la capacité des personnes à retravailler ensemble. La négociation subit le même malentendu. Le manager novice l'aborde comme un rapport de force à gagner, où céder est une défaite et où l'autre camp est un adversaire à faire plier. Il découvre trop tard que dans une PME, on renégocie toute l'année avec les mêmes personnes — un pair, un fournisseur, un client interne croisé chaque semaine — et qu'une victoire qui humilie se paie cher à la négociation suivante. Le vrai métier n'est ni d'éliminer le conflit ni de gagner chaque négociation : c'est de tenir une position sans casser la relation, et de sortir d'un désaccord entre deux personnes sans se substituer à elles. Cela s'apprend : écouter avant de proposer, distinguer ce qui se négocie de ce qui ne se négocie pas, et repérer le moment où un conflit dépasse ce qu'on peut traiter seul.

Ce qu'on sait

  • L'empathie tactique — nommer l'émotion de l'autre camp, reformuler ce qu'il vient de dire — désamorce une négociation bloquée mieux qu'une concession ou une contre-proposition (Chris Voss, « Never Split the Difference »).
  • La plupart des conflits durent parce que chaque camp croit discuter des faits alors que l'enjeu réel est ailleurs, souvent dans ce que la situation dit de l'identité ou de la compétence de chacun ; demander à chacun ce qu'il a compris de l'autre révèle ce malentendu avant de chercher une solution (Stone, Patton et Heen, « Difficult Conversations »).
  • Un comportement de blocage qui paraît irrationnel sert presque toujours une stratégie : chaque acteur défend une « zone d'incertitude », une ressource ou une information qui lui donne du pouvoir sur les autres (Crozier et Friedberg, « L'acteur et le système »).
  • En France, un conflit professionnel touche souvent moins l'intérêt matériel que la dignité du métier ou du statut ; négocier en ignorant cette « logique de l'honneur » produit des accords qui ne tiennent pas (Philippe d'Iribarne).

Ce que vous saurez faire

  • Préparer une négociation en fixant à l'avance votre solution de repli et vos limites.
  • Écouter tactiquement : reformuler et étiqueter les émotions de l'autre pour désamorcer un blocage.
  • Mener une médiation entre deux collaborateurs en cinq étapes, sans trancher à leur place.
  • Reconnaître le moment où un conflit dépasse ce que vous pouvez traiter seul, et savoir à qui le confier.
  • Négocier des ressources avec un pair ou des conditions avec un fournisseur sans céder ni braquer la relation.

Mises en situation

8
1
Deux collaborateurs ne se parlent plus depuis trois semaines
Niveau 2 · Nuance · vigilance juridique
2
Négocier des ressources avec un manager pair qui les refuse
Niveau 2 · Nuance
3
Un collaborateur vous accuse de favoritisme
Niveau 3 · Dilemme
4
Négocier un délai avec un client interne furieux
Niveau 2 · Nuance
5
L'équipe vous demande d'arbitrer un désaccord technique
Niveau 1 · Repère
6
Un conflit avec votre propre N+1 sur une priorité
Niveau 3 · Dilemme
7
Un fournisseur vous met sous pression
Niveau 2 · Nuance
8
La médiation demandée par les deux parties, qui veulent chacune que vous leur donniez raison
Niveau 3 · Dilemme · vigilance juridique
Commencer les situations

Outils

5

Astuces

9

Demandez ce que chacun a compris de l’autre

Avant de proposer quoi que ce soit dans un conflit, demandez à chacun ce qu'il a compris de la position de l'autre. Le malentendu sur les faits se révèle souvent avant même d'aborder les solutions.

À tester cette semaine

À votre prochaine médiation, commencez par cette seule question, avant toute proposition.

Stone

Jamais d’arbitrage à chaud un vendredi soir

Un conflit tranché à chaud, fatigué, en fin de semaine, se retourne presque toujours contre vous. La tension retombée le lundi change souvent ce qu'on aurait dit le vendredi.

À tester cette semaine

La prochaine fois qu'on vous demande de trancher en urgence en fin de journée, proposez un rendez-vous le lendemain matin.

Écrivez votre solution de repli avant d’entrer

Sans solution de repli écrite à l'avance, on négocie la peur au ventre et on cède plus qu'il ne faudrait. L'écrire noir sur blanc avant d'entrer dans la pièce change le rapport de force intérieur.

À tester cette semaine

Avant votre prochaine négociation, écrivez en une ligne ce que vous ferez si vous ne trouvez pas d'accord.

Voss

Nommez l’émotion avant de discuter le fond

« On dirait que ça vous inquiète » désamorce plus qu'un contre-argument bien construit. Nommer l'émotion de l'autre, sans la juger, ouvre la discussion au lieu de la fermer.

À tester cette semaine

Dans votre prochain échange tendu, commencez par une phrase d'étiquetage avant votre premier argument.

Voss

Un accord imposé ne tient pas

Une solution que vous tranchez seul, même juste, vous appartient, pas aux personnes concernées. Ce qu'elles n'ont pas construit, elles ne le défendent pas dans la durée.

À tester cette semaine

La prochaine fois que vous êtes tenté de trancher un désaccord entre deux collaborateurs, demandez-leur d'abord de proposer, à deux, une solution.

Rosenberg

Méfiez-vous de l’urgence qu’on vous impose

Une deadline annoncée serrée, chez un fournisseur ou un client, est souvent un levier de négociation plus qu'une contrainte réelle. Questionnez-la avant de céder.

À tester cette semaine

Face à une prochaine urgence annoncée par l'autre partie, demandez simplement : « qu'est-ce qui se passe si on prend un jour de plus ? »

Joule

Cherchez ce que l’autre protège

Un blocage qui semble irrationnel sert presque toujours une stratégie, ou protège une zone d'incertitude. Chercher ce qui est protégé ouvre plus de portes que d'insister sur le fond.

À tester cette semaine

Face à un refus qui vous semble absurde, demandez-vous : « qu'est-ce que cette personne perd si elle dit oui ? »

Crozier

Le compromis n’est pas toujours le mieux

Couper la poire en deux est rapide mais laisse souvent les deux parties insatisfaites. Avant de vous y résoudre, prenez une minute de plus pour chercher une option qui arrange vraiment les deux.

À tester cette semaine

Dans votre prochaine négociation, avant de proposer un compromis, posez cette question : « qu'est-ce qui ferait de ça un bon accord pour vous ? »

Le silence après une question vaut de l’or

Après avoir posé une question ouverte ou nommé une émotion, le réflexe est de combler le silence. C'est pourtant ce silence qui fait parler l'autre et qui fait avancer la négociation.

À tester cette semaine

Dans votre prochain échange tendu, comptez cinq secondes de silence après votre question avant de reprendre la parole.

Lectures

6
Livreen2016

Never Split the Difference

Chris Voss

La négociation est d’abord une affaire d’écoute et d’émotions, pas de logique. L’empathie tactique — nommer l’émotion de l’autre, reformuler — désamorce et fait avancer. Les questions « calibrées » (« comment puis-je faire ça ? ») font travailler l’autre à votre problème.

Livreen1999

Difficult Conversations

Douglas Stone, Bruce Patton, Sheila Heen

Toute conversation difficile en cache trois : celle des faits, celle des émotions, celle de l’identité (« qu’est-ce que ça dit de moi ? »). On s’enlise en croyant débattre des faits alors que l’enjeu est ailleurs. Passer d’une posture d’accusation à une posture d’apprentissage change tout.

Livreen1999

Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)

Marshall B. Rosenberg

La communication non violente distingue observation, sentiment, besoin et demande pour parler sans agresser ni se soumettre. Séparer le fait de l’interprétation désamorce la plupart des conflits. Derrière chaque reproche se cache un besoin non exprimé.

Livrefr1989

La logique de l’honneur

Philippe d’Iribarne

Le management à la française obéit à une « logique de l’honneur » : chacun tient à la dignité de son métier plus qu’au contrat ou au consensus. Ce qui motive un salarié français diffère des ressorts américains ou néerlandais. On dirige mal en plaquant des méthodes venues d’une autre culture.

Livrefr1977

L’acteur et le système

Michel Crozier, Erhard Friedberg

Dans toute organisation, les acteurs disposent de marges de liberté et jouent de leur pouvoir, y compris les subordonnés. Le pouvoir naît du contrôle d’une « zone d’incertitude » utile aux autres. On ne comprend un comportement « irrationnel » qu’en cherchant la stratégie qu’il sert.

Livrefr1987

Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens

Robert-Vincent Joule, Jean-Léon Beauvois

La psychologie de l’engagement montre qu’un petit « oui » initial en entraîne de plus grands (pied-dans-la-porte, amorçage). Nos actes nous engagent plus que nos idées. Connaître ces mécanismes protège autant qu’il permet d’agir.

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